Dernière Petite lame de fond

Dis papa c’est quoi un journaliste ?

Une petite fille interroge innocemment son papa sur sa profession. La réponse du père, improvisée et maladroite car de prime abord totalement inadaptée pour une enfant de cet âge, va prendre une tournure inattendue sous la forme d’un dialogue qui va au fur et à mesure révéler chez le père et la fille, une prise de conscience mutuelle de la transmission d’une leçon de vie.

«− Dis papa, c’est quoi un journaliste ? Dit-elle en le fixant de ses grands yeux débordants de cette innocente mais profonde interrogation.

− Hé bien ma chérie, rétorque le papa, tu me poses là une question à laquelle je n’ai jamais réfléchi…Je te remercie de me donner l’occasion de définir et d’exprimer en synthèse, ce que m’inspire cette fonction.

− Tout d’abord, mon choix délibéré du terme fonction est volontaire.

− Pourquoi tu as préféré ce mot ? Rétorque la fillette.

Il inspire brièvement et lui répond :

− Parce que pour exercer ou plutôt incarner une fonction, tu dois au préalable développer une éthique, une conscience, une honnêteté, desquelles découlent naturellement une crédibilité et une autorité. Si tu appliques ce processus dans tous les aspects de la vie, tu émaneras naturellement la source de ce qui t’anime. Imagine…c’est comme devenir un outil qui n’a d’autre choix que de remplir la tâche pour laquelle il a été forgé. Tu vois ma puce, je pense que tu devrais préciser ta question, et me demander plutôt.

− C’est quoi papa un vrai journaliste ?

Il répond dans la foulée à sa propre question :

Le véritable journaliste, c’est quelqu’un qui a appris à développer un regard central et périphérique à la fois. Cela lui permet d’observer le monde ou son environnement immédiat, sans juger et déformer ce qu’il va rapporter. Cela s’appelle l’état de témoin.

− Mais c’est quoi au juste un témoin papa ? Lui rétorque t-elle du tac au tac, prise au jeu de cet échange.

− Le père admiratif de la curiosité de sa petite fille, se lance dans un dialogue peu adapté à une enfant de cet âge.

− Un témoin au sens propre comme au sens figuré est sensé être un élément de référence auquel on peut se fier. Une sorte de fondement ou de pierre angulaire sur lesquels s’appuyer pour ériger une idée, un raisonnement, un projet ou un bâtiment solide. C’est un peu comme le moyeu discoïdal de la roue. Il est central, et permet à l’aide des rayons qui incarnent les différents angles d’observation, ou son périmètre à 360 °, d’effectuer une parfaite rotation, ce qui garantie au véhicule en étant équipé, de se mouvoir avec harmonie et sécurité. Celui qui est sensé synthétiser une situation, peut depuis ce point central faire preuve de sagesse et d’équilibre dans sa décision finale.

− Tu sais ma puce, rajoute t-il, il est coutumier de rapporter que l’on reconnaît un arbre à ses fruits, mais aussi, que l’on mesure la valeur d’un homme aux paroles qu’il prononce et aux actes qu’il pose.

− En complément dit-il, la fixant d’un regard légèrement absent, n’ayant pas totalement terminé le cheminement de sa réflexion.

− Un témoin…c’est aussi quelque chose que l’on transmet, comme un héritage, un but, un message, un livre, un bâton lors d’une course de relais ou encore le sceptre des rois lors d’une accession au trône et aux responsabilités qui incombent.

Soudain conscient de l’impact de la complexité de ses propos sur la fillette, il lui lance d’un air contrit, sans simplifier pour autant son vocabulaire.

− Excuse-moi ma chérie de sauter ainsi d’un symbole à l’autre pour tenter de te préciser ce qu’implique pour moi cette charge. Accueille cela comme un exercice d’assouplissement neuronal, car nous jouons à entraîner notre cerveau. En science et en biologie, on appelle cela l’épigénétique, mais nous en parlerons un autre jour. Observe que tous mes exemples parlent au final de la même chose, mais à différentes échelles.

La petite ne saisit pas tout, mais très curieuse et décidée à ne pas laisser l’occasion qui lui est donnée d’échanger avec son papa, choisit de renvoyer courageusement la balle en lui assénant un tonitruant.

− Mais pourquoi une charge papa ?

Réalisant qu’il n’a fait qu’envenimer la situation, il décide qu’il n’a désormais d’autre choix que de continuer sur sa lancée. Arborant un petit sourire et affichant timidement sa gène, il lui répond :

− Eh bien!…Une charge comme son nom l’indique, représente un poids, quelque chose qui pèse sur les épaules ou sur la conscience. Tu vois…je recommence encore mes incessants allers et venues…on appelle ça la transposition.

Décidément, la pauvre gosse a beau se triturer ses petites mais non moins torturées méninges, elle ne peut s’empêcher de faire part à son père de la difficulté à laquelle il l’expose. Néanmoins, elle n’abandonne-pas pour autant la question, et lui réplique :

− Ouh là là, mais papa où est-ce que tu m’embarques, mais c’est quoi la transe…euh…quoi déjà…position ? Oui c’est ça, la transposition.

Désormais emberlificoté dans sa propre toile, le père n’a d’autre choix que de tenter de ne pas perdre un équilibre déjà bien précaire. S’ensuit pour lui un exercice de rétropédalage philosophico-scientifique qui lui provoque quelques sueurs froides.

− La transposition, c’est une sorte de salvatrice gymnastique de l’esprit, permettant de mieux saisir comment les idées peuvent affecter le réel ou impacter le monde, mais aussi démontrer comment tout est relié malgré l’évidente séparation.

Constatant que la bouille ronde de sa gamine n’a pas changé d’expression et que son regard reste fixe et attentif, il continue.

− Bien, ma réponse doit te paraître complexe voire confuse. Mais en vérité, sache qu’il est important dans l’existence de veiller à développer son sens de l’observation pour in fine, être en mesure de discerner ce qui nous est caché. Il faut apprendre à percevoir. Littéralement percer la carapace des apparences, pour trouver et rapporter le trésor ou le mensonge cachés à l’intérieur.

D’un furtif coup d’œil, il checke la gosse…ouf… toujours pas de réaction. Il continue son monologue philosophique.

− Autrement dit, ne te fies jamais à ce que tu vois en surface, car ce n’est que la partie apparente de l’iceberg. Garde toujours à l’esprit que 96 % des choses te sont cachés ; Inutile de te dire que résumer et faire reposer l’exercice d’évaluation de ce que tu regardes sur les 4 % visibles, ne peut t’amener qu’à un vaste canular. Attention toutefois, je ne t’invite pas à juger, mais à développer et activer tous tes sens, afin de qualifier tout ce qui croisera ta route.

Et il reprend :

− Je te rappelle que la sagesse populaire nous transmet que : « Tout ce qui brille n’est pas or. »

La petite prend une profonde inspiration, parpelége…replace délicatement derrière son oreille sa longue mèche toujours aussi indisciplinée, et qui trouve racine sur ce petit épi déjà rebelle alors qu’elle n’était qu’un nourrisson. Puis elle relance la machine à questionner.

Qualifier, que veux-tu dire par là papa ?

Mais dans quel pétrin je me suis fourré se rétorque t-il silencieusement. Toutefois il prend son courage à deux mains et tout comme le petit poucet qui souhaite retourner à la maison, poursuit son chemin explicatif.

− Trouver le véritable qualificatif d’une chose ou d’un être, implique le fait de savoir pleinement à quoi ou à qui l’on a affaire. C’est en cela que j’estime que le facteur temps, celui qui refrène toute précipitation est un incontournable pour apprécier les choses et les êtres à leur juste valeur. Cela fait appel à la qualité de patience.

− Ça y est, dit-il tout haut, j’extrapole encore, mais c’est pour la bonne cause. Malgré les apparences, sache que tout est lié. C’est pourquoi tu dois prendre le temps d’étudier tout ce que tu croises. Ce n’est qu’à ce prix que l’on peut devenir un véritable journaliste.

La gamine toujours silencieuse marque toutefois la qualité de son attention aux paroles de son père en affichant un froncement de sourcil. Le sérieux de son expression laisse deviner la lointaine ride du lion. Son père fasciné par cette superposition du futur masque de maturité de sa fillette, a le sentiment de s’adresser à l’adulte.

− Tous les points que je viens de citer génèrent une singularité qui m’amène en toute logique à la conclusion que nous sommes tous des journalistes en herbe. Nulle concurrence, car nous nous différencions par la diversité de nos environnements respectifs. À chacun son point d’observation ou point de vue, à chacun son champ d’expérimentation. Les rapporter en toute objectivité permet de compléter l’immense puzzle ou la grande image de l’expérience terrestre et universelle.

− Partir en guerre afin d’imposer son point de vue, c’est justement faire preuve d’une courte vue.

Sentant instinctivement l’approche de la dernière ligne droite, il ouvre enfin les vannes du barrage qu’il avait tenté de limiter jusqu’à présent, et laisse enfin le flux de son inspiration s’écouler naturellement. Il dit à la petite lui faisant face, solidement campée sur ses deux petites jambes pourtant galbées pour grimper aux arbres.

− En synthèse, qualifier de métier cette fonction propre à chacun de nous, est totalement réducteur, car encore une fois la sagesse populaire nous enseigne que : « Cent fois tu remettras l’ouvrage sur le métier. » Et pour conclure en quelques mots, ma puce. Nous sommes tous des journalistes de la vie. A ce titre, nulle voix n’est plus importante qu’une autre, chacune est complémentaire, car l’image de l’univers à observer et rapporter est tellement grande, que nous ne sommes pas trop de 7 milliards de journalistes pour nous partager la tâche.

Malgré son jeune âge, la fillette comprend soudainement la portée de ce que son père vient de lui confier.

Folle de joie, elle bondit et se blottit dans les bras paternels.

− Merci papa pour ta réponse, c’est vraiment magnifique de réaliser que dès ma naissance, j’ai intégré l’immense équipe des reporters planétaires. Je sais désormais ce que je dois faire afin de Contribuer au développement du monde.

Le père très ému et retenant péniblement quelques sanglots serre passionnément entre ses bras ce petit corps gracile et débordant de vie, et lui murmure tendrement au creux de l’oreille.

− Bravo mon petit colibri. A toi de choisir si tu souhaites rapporter un entre-filet ou l’équivalent d’une saga fleuve. Les deux ont tout autant leur raison d’être. L’entre-filet s’apparente à un effet tunnel à l’aide d’un microscope à force atomique, alors que la saga serait le résultat d’un travelling arrière d’une caméra.

La petite desserre son étreinte, penche son petit buste en arrière, et plonge un regard inquisiteur dans celui de son incorrigible papa qui relance sans fin le fil d’Ariane.

− Pffffff…Papa… Je ne suis pas certaine d’avoir compris. Tu n’as pas un exemple plus simple ?

Le père gêné par ces deux petites perles qui le fixent avec détermination, se mordille les lèvres et déglutit péniblement avant de lui préciser.

− Bien-sûr ma chérie. Attends j’ai plus simple comme exemple. Tu vois, l’entre-filet c’est comme lorsque tu zoomes, alors que la saga c’est comme lorsque tu réduis la taille de la police d’un texte. Mais c’est aussi le même processus que lorsque tu zippes ou dézippes une archive. Tu vois, nous sommes encore en plein exercice de transposition. Mais tu constateras que si tu prends la peine de t’entraîner au quotidien, cela ne tardera pas à te paraître un jeu d’enfant.

Ma puce, veille à ne surtout pas perdre ton regard d’enfant, et ainsi, tu auras accès aux plus grands mystères de l’univers.

En tant que Papa, c’est le message le plus important que j’ai à te transmettre, et je suis fier que tu l’aies compris.»

J’invite tous ceux qui liront ce petit dialogue imaginaire entre un père et une fillette à partager ce que leur renvoie leur point d’observation du monde. Ils pourraient être surpris de la richesse de ce qu’ils sont amenés à observer chaque jour. Ne jugez rien ni personne. Juste étudiez et comprenez. Ouvrez tous vos sens Enjoy it, et partagez.

L’Amour est en marche = Votre âme étend son charme=Votre âme déploie son talent issue de son tas lentement cumulé comme un trésor. La trinité ou tri unité en Or.

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